Aaaah, les entrepreneurs et la délégation : une loooongue et turbulente histoire. Parce que vois-tu, passer les rênes à quelqu’un est une des choses les plus difficiles pour un dirigeant d’entreprise, surtout s’il a lui-même créé ladite entreprise (son bébé !). C’est comme lui demander de se couper un bras.
J’ai tellement d’amis entrepreneurs qui se trainent d’épuisement et qui disent « je ne dors pas parce que j’ai trop de choses à faire et je suis tout seul… », alors même qu’ils ont toute une équipe derrière.
Déléguer représente un défi éprouvant sur le plan émotionnel : tu t’imagines, abandonner le contrôle et de faire confiance aux autres pour accomplir le travail que tu as l’habitude d’accomplir toi-même. Quelle idée ?!
Et pourtant. Tu ne sais pas à quel point apprendre à déléguer peut changer la donne. Pour plusieurs raisons :
- Déléguer représente une occasion de développer les individus qui travaillent avec toi, pour augmenter votre force collective.
- C’est une façon de dynamiser la collaboration et de susciter l’inspiration de tes équipes.
- Il te permet de rester concentré sur une vision et une stratégie sans te perdre dans les détails du quotidien (micro-management).
- Et peut-être plus important encore, c’est un moyen pour toi de rester en bonne santé et sain d’esprit tout en améliorant la productivité et l’efficacité de ton équipe.
Donc, si tu fais partie de ceux qui ont du mal à déléguer, je te conseille de lire les 5 mythes ci-dessous que nous entendons au sujet de la délégation.
1. Mythe #1 – “Mon équipe est déjà trop occupée.”
Ce mythe provoque un tourbillon confus d’émotions : tu es content (et reconnaissant) que tes gens se donnent à fond, mais tu crains de leur demander plus par peur du ressentiment ou de la frustration que cela pourrait causer. Du coup, tu te sens obligé de travailler davantage, par crainte que ton équipe n’échoue ou n’abandonne.
Pour dissiper le mythe : Ne fais pas de suppositions – demande aux gens s’ils peuvent faire plus de travail. Plus souvent qu’autrement, tu trouveras des gens qui veulent t’aider et qui trouveront le temps si tu en fais la demande. Et avantage non négligeable, cela montre également à ton équipe qu’il n’y a rien de mal à demander de l’aide et pourra inspirer une collaboration future.
2. Mythe #2 – “Ils ne peuvent pas le faire aussi bien que moi.”
Bon, j’avoue que j’ai moi-même ce biais. Parce que, bien que nous voulions croire en nos équipes, il y a du vrai dans ce mythe : si tu es « embourbé » dans une tâche ou un rôle depuis des années, c’est toi l’expert. Sauf que ce schéma ne changera jamais si tu ne prends pas le temps de partager ton expertise.
Pour dissiper le mythe : Tu dois investir dans les gens. C’est l’un des conseils les plus précieux que j’aie reçus de mon patron et mentor de l’époque, qui a véritablement investi en moi il y a 15 ans, et c’est un conseil que j’emporte avec moi tous les jours. Ton équipe est ta ressource la plus précieuse et passer du temps à développer ses compétences est un investissement. Il se peut qu’ils n’y arrivent pas du premier coup. Ou même la deuxième fois. Mais le résultat final sera une équipe qui fonctionnera confortablement et de façon autonome. Ce qui te libérera du temps pour te concentrer sur des tâches plus importantes (la stratégie de développement !). En plus tu pourrais être surpris des compétences et des perspectives diverses qu’ils apportent à la table.
3. Mythe #3 – “Ce sera plus rapide si je le fais moi-même.
Encore une fois, c’est à priori vrai. Si tu es l’expert d’une tâche ou d’un rôle, ça devient littéralement une seconde nature pour toi. Mais selon toi, où cela te mène-t-il ? Tu te retrouves coincé et incapable de te concentrer sur des tâches plus importantes, et donc de grandir. Et pendant ce temps ton équipe non plus n’avance pas puisqu’elle n’apprend pas.
Dissiper le mythe : Cf. deux : investir dans les gens ! Si tu gardes le contrôle d’une tâche simplement parce que c’est plus rapide pour toi, tu manques une occasion de croissance aussi bien personnelle et qu’organisationnelle sur le long terme. A bon entendeur !
4. Mythe #4 – “Si je délègue, je mets mon rôle en danger.
C’est un sentiment tout à fait humain, je te l’accorde : lorsque nous faisons grandir les autres et que nous commençons à partager les responsabilités, cela crée naturellement une peur (fondamentale) que nous ne sommes pas aussi indispensables ou importants que nous le pensions.
Malheureusement, ce discours négatif crée souvent des tensions au sein de l’équipe et étouffe la croissance.
Dissiper le mythe : En réalité, lorsque tu investis dans les autres, tu as la possibilité d’utiliser le temps que tu as libéré pour créer plus de valeur toi-même. Une équipe productive n’est pas un signe que tu n’es pas nécessaire, c’est un signe que tu es essentiel au succès car faire grandir ton équipe (c.-à-d. déléguer) est la chose la plus importante que tu puisses faire en tant que leader.
5. Mythe #5 – “Déléguer, c’est rabaisser.”
Pendant longtemps, je me suis dit que je n’avais pas besoin d’embaucher un assistant (essentiellement pour les raisons 2 et 3 plus haut) et je trouvais contreproductif de payer quelqu’un pour faire des choses que j’étais clairement capable de faire moi-même. Mais je me suis rendue compte que ce point de vue s’apparentait un peu à de l’arrogance : le fait de me dire que je pouvais faire tout le travail mieux que les professionnels qui avaient des forces différentes – des forces dont j’ai désespérément besoin, je m’en rends compte maintenant – était un peu insultant quand même (bon je n’ai pas encore trouvé mon P.A. parce que j’ai tendance à chercher un mini-moi…
… mais j’ai décidé de changer d’approche et de recruter quelqu’un « good enough » que je vais faire monter en compétences #InvestInPeople).
Dissiper le mythe : Lorsque tu supposes que les tâches sont triviales, tu ne reconnais pas leur importance. Par exemple, aucun événement ne réussirait sans une coordination méticuleuse des fournisseurs. Et coordonner les fournisseurs, ce n’est pas une tâche banale, ça demande énormément de qualités (organisation, proactivité, aptitudes communicationnelles, gestion…). C’est un vrai boulot, qui prend beaucoup de temps et d’énergie (que, encore une fois, tu peux investir ailleurs). Donc on change notre perspective et on reconnait l’importance de chaque fonction, et ce faisant, on reconnait l’importance et la compétence des personnes qui les font.
Alors, comment changer l’histoire ?
Tout d’abord, il faut reconnaître que la délégation n’a rien à voir avec l’accomplissement du travail. La délégation est une compétence qui doit être maîtrisée pour diriger et bâtir des équipes performantes. Alors pour tenter de maitriser tes tendances anti-délégation, commence par reconnaître ces cinq mythes et par travailler de manière proactive à leur déconstruction (sans trop pousser quand même…)
Ça peut prendre du temps, et il se peut même que tu ne te sentes jamais à l’aise avec la délégation. Mais nous savons tous que la croissance se situe en dehors de notre zone de confort.










